Copie de La Butte de Vauquois : galeries souterraines et cratères de la guerre des mines
Par Sandra & Christophe · 7 min de lecture
Vous avez probablement déjà fait les quatre grands : la tour de Montfaucon, le cimetière américain de Romagne, la Butte de Vauquois, Verdun. La bonne nouvelle, c'est que l'Argonne cache une deuxième couche. À moins de trente minutes de la Ferme Lafayette se trouvent des mémoriaux d'États américains que la plupart des visiteurs ignorent, le ravin où le Lost Battalion américain a tenu six jours en 1918, deux crêtes qui ont consumé l'armée française en 1916, et deux des neuf villages morts pour la France. Cet article cartographie six étapes méconnues, avec les bons conseils et ce qu'il faut surveiller sur le terrain.
Pourquoi l'Argonne est parsemée de petits vestiges
Les sites majeurs de la région sont nationaux : érigés par les États après la guerre, sur des terrains dédiés, avec parking et centre d'accueil. Le paysage argonnais entre ces sites — champs, bois, petits villages — contient une foule de traces qui n'ont pas eu droit à ce traitement. Certaines ont été financées par des États américains pour honorer leurs propres régiments ; certaines sont des bornes posées par des amicales d'anciens combattants et lentement effacées par le temps. Beaucoup ne sont que terrain : tranchées, entonnoirs d'obus, bunkers en béton, plan d'un village disparu sous l'herbe. Rien n'est difficile d'accès. Il faut simplement savoir où regarder.
Six étapes méconnues à moins de 30 minutes
1. Le Mémorial de l'État de Pennsylvanie à Varennes-en-Argonne. Dix minutes en voiture de la Ferme Lafayette. Un petit monument classique élégant, financé par l'État de Pennsylvanie et dessiné par Paul Cret — architecte familier des Français, puisqu'il a aussi signé plusieurs monuments aux États-Unis dans le style français classique. Inauguré en 1927 en l'honneur des soldats de la 28e division qui ont pris Varennes en septembre 1918. Placé dans un jardin calme au milieu du village ; rarement fréquenté. Accès libre.
2. Le Mémorial de l'État du Missouri à Cheppy. Quinze minutes de la Ferme Lafayette. Deuxième mémorial d'État, celui-ci pour les soldats du Missouri — les hommes de la 35e division, qui attaquèrent par Cheppy le 26 septembre 1918. Un certain capitaine Harry S. Truman, futur président des États-Unis, y commandait une batterie d'artillerie. Obélisque de pierre sobre, statues allégoriques, dans un champ ouvert à la sortie du village. Libre d'accès, toujours.
3. Le site du Lost Battalion à Charlevaux. À vingt-cinq minutes dans la forêt d'Argonne, près du village de Binarville. Début octobre 1918, environ 550 hommes de la 77e division, sous les ordres du major Charles Whittlesey, ont été coupés dans un petit ravin et y ont tenu six jours sous le feu allemand, sans vivres, presque sans eau. Seuls 200 environ en sont ressortis debout. Une stèle sobre dans le ravin et deux panneaux explicatifs marquent aujourd'hui le lieu. On gare la voiture au départ du sentier et l'on fait les derniers 500 mètres à pied. Accès libre.
4. Le Mort-Homme. Trente minutes à l'est, sur la rive gauche de la Meuse. La crête où, en 1916, français et allemands se sont déchirés pendant près de six mois. Une petite route grimpe à son sommet, où la sculpture d'un squelette émergeant de son linceul porte l'inscription « Ils n'ont pas passé ». Autour du monument, le sol est encore creusé d'entonnoirs et de courts tronçons de tranchée sous les arbres. Poignant et presque toujours désert.
5. La Côte 304. Cinq minutes à l'ouest du Mort-Homme. Autre crête du secteur de Verdun, qui absorba quarante mille pertes françaises au printemps 1916. Au sommet, un monument national français ; un court sentier en boucle longe des tranchées conservées, un bunker en béton allemand et des entonnoirs jamais comblés. Prévoyez quarante-cinq minutes à pied.
6. Le village détruit de Cumières-le-Mort-Homme. À distance de marche du Mort-Homme. L'un des neuf « villages morts pour la France » — villages tellement anéantis en 1916 qu'ils n'ont jamais été reconstruits, et figurent encore sur les cartes officielles comme « villages détruits », sous tutelle permanente de l'État. Des bornes de pierre indiquent où étaient la rue principale, l'église, l'école. Une halte brève et silencieuse.
Marcher avec respect : ce qu'il reste dans la terre
Plus d'un siècle après, l'Argonne et le secteur de Verdun produisent encore chaque année des centaines de tonnes d'obus non explosés — l'Iron Harvest, comme l'appellent les anglo-saxons. Des accidents mortels se produisent encore : quelqu'un ramasse ce qu'il croit être un débris de métal inerte. Les règles sont simples : ne touchez aucun objet métallique au sol, ne franchissez pas les barrières et panneaux, ne ramassez pas de « souvenirs » (le prélèvement d'objets 14-18 est interdit en de nombreux endroits). Si vous trouvez quelque chose qui ressemble à un obus, mémorisez l'endroit et signalez-le à la mairie ou à la gendarmerie. Idem pour des ossements. La forêt semble paisible ; le sol ne l'est pas encore.
Une demi-journée type
Trois de ces étapes tiennent dans une matinée de quatre heures. Deux combinaisons fonctionnent particulièrement bien : (a) le circuit « américain » — mémorial de Pennsylvanie → mémorial du Missouri → Lost Battalion — avec un déjeuner-sandwich à Varennes ; ou (b) le circuit « secteur de Verdun » — Mort-Homme → ruines de Cumières → Côte 304 — avec un déjeuner à Verdun ensuite. Pour une journée entière, faites les deux, avec un pique-nique au départ du sentier du Lost Battalion.
Livres et petits musées pour comprendre ce que vous voyez
Trois lectures rendent ces sites lisibles. « Ceux de 14 » de Maurice Genevoix — entré au Panthéon en 2020 — raconte les Éparges mais s'étend, en sensibilité, à toute la crête meusienne. « La Bataille de Verdun » d'Antoine Prost, succinct et lumineux, donne le contexte du Mort-Homme et de la Côte 304. En anglais, « To Conquer Hell » d'Edward Lengel reste la référence pour l'offensive Meuse-Argonne. Sur le terrain, le Musée d'Argonne à Varennes accompagne naturellement la visite du mémorial de Pennsylvanie, et le Musée Romagne '14-'18, privé, est à dix minutes du mémorial du Missouri.
La Ferme Lafayette est à moins de trente minutes des six sites. Sandra et Christophe gardent à l'accueil une carte papier de ces étapes méconnues, et y noteront pour vous les accès, les départs de sentier et les bons points de stationnement avant que vous ne partiez. Petit-déjeuner inclus ; table d'hôtes en trois services après une journée dans la forêt. Voir les disponibilités →
